lundi 6 février 2012

La Chine refuse de payer la taxe carbone européenne sur le transport aérien | zegreenweb

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Livre du mois de Février : "Le Vide stratégique", de Philippe Baumard

L'incompétence des élites explique-t-elle la crise actuelle ? On peut, certes, considérer que celle-ci est le résultat d'un effort concerté, visant à détruire les acquis sociaux et les solidarités collectives. Mais on peut avancer aussi, et c'est l'hypothèse de Philippe Baumard, qu'elle est le résultat... d'un déficit de pensée.

Ce "vide", stratégique, le professeur à l'école Polytechnique et spécialiste, notamment, de l'intelligence économique, n'est pas le seul à le stigmatiser.

Ce qui est intéressant dans son livre, c'est d'abord l'hypothèse de départ elle-même: celle d'une rationalité limitée des principaux acteurs de la mondialisation, qui naviguent à vue. C'est, ensuite, les références aux classiques de la stratégie militaire, du Chinois Sun Zi (Ve siècle av. J.-C.) au Prussien Carl von Clausewitz (1780-1831), sans oublier un Français méconnu, David Galula (1919-1967), qui a théorisé la "guerre des mentalités".

Pour Philippe Baumard, le "vide stratégique" face auquel nous sommes "ne s'est pas révélé à nous un matin". Il est le produit d'une "lente construction" qui, depuis la Guerre froide, a remplacé l'art de la stratégie par l'art de la tactique. Synonyme d'ignorance et de défaillance, le vide stratégique, selon l'auteur, favorise aujourd'hui la grande criminalité, comme la délinquance financière ou environnementale. Il empêche de penser  le futur. Il conduit à un "abandon du réel".

Parmi les raisons du phénomène, il y a ce que l'auteur appelle la "congruité auto-infligée" qui est, selon lui, le symptôme d'une société qui n'apprend plus de ses échecs. Nous répétons nos erreurs, et faisons toujours "plus de la même chose", déplore Philippe Baumard.

Quant aux opinions publiques, maintenues désormais en état de "béatitude technologique", elles participent à une "nouvelle économie hystérique", dont l'affolement et l'emballement sont les deux mamelles. "Les périodes de vide stratégique sont déplaisantes", affirme M. Baumard. Elles engendrent colère et dépit. Mais elles coïncident aussi avec des "prises de conscience décisives", écrit-il. Acceptons-en l'augure.

Source : [le monde des idées - du 06/02/2012]