mercredi 18 janvier 2012

L’ONU lance une application iphone pour calculer votre empreinte carbone

L'ONU lance une application iphone pour calculer votre empreinte carbone
L’ONU se lance dans les applications pour iPhone et les utilisateurs peuvent désormais calculer leur empreinte carbone sur leur téléphone grâce à « Blue and REDD carbon ». Application gratuite développée par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), elle donne notamment le « détail environnemental » des voyages en voiture, en train ou en avion.

Mieux : elle calcule également la surface d’un écosystème en particulier nécessaire pour absorber le dioxyde de carbone généré par chaque trajet. Un hectare de mangroves peut par exemple absorber 1 900 tonnes de CO2. La délégation française qui a pris part au sommet de Durban (Afrique du Sud), elle, a parcouru en avion environ 14 000 kilomètres et pour compenser ses émissions, il faudrait planter 17 000 m² de forêt équatoriale humide ou plus de 30 000 m² de forêt tropicale !

« Blue and REDD Carbon » délivre par ailleurs des conseils et des suggestions simples pour réduire l’impact sur les forêts et la dégradation des écosystèmes que l’on se trouve au bureau, à la maison ou en voiture. Elle donne aussi des informations sur les rôles que jouent ces écosystèmes comme la protection des rivages contre les tempêtes, le soutien aux pêcheries ou l’approvisionnement en ressources (bois, médicaments etc.).


Cette application pédagogique tend à rendre plus concret le rôle des forêts dans la gestion des gaz à effet de serre (GES) et met en avant les problèmes qui découlent de la déforestation. Les forêts équatoriales abritent la moitié des plantes et des espèces connues sur la planète, permettent à un milliard de personnes de vivre sur Terre et contribuent à hauteur de 360 milliards d’euros à l’économie mondiale.

L’intitulé de l’application disponible en français, en anglais, en arabe, en chinois, en japonais, en russe et en espagnol joue avec les mots. Il provient en effet du concept Blue Carbon, qui est la capacité de stockage des écosystèmes marins et côtiers en CO2, mais aussi du mécanisme onusien REDD + (Reducing emissions from deforestation and forest degradation), sur lequel Greenpeace a récemment émis de sérieuses réserves mais qui n’en a pas moins vocation à réduire les émissions de CO2 provenant de la déforestation et de la dégradation de la biodiversité des forêts.

L’ONU n’a pas forcément choisi le téléphone le plus écologique dans sa fabrication mais cette application reste une belle initiative qui sensibilisera, on l’espère, de nombreux utilisateurs.

[source : Marguerite Nebelsztein, Lundi 19 décembre 2011]

Stiglitz exhorte les Européens à repenser leur gestion de la crise

Le prix Nobel d'Economie, connu pour ses positions keynésiennes, compare les politiques d'austérité actuelles à la pratique de la saignée dans la médecine médiévale. Seul l'investissement public peut casser cette spirale infernale, juge-t-il.

 

Que Joseph Stiglitz, prix Nobel d'Economie réputé pour ses positions anticonformistes, se distingue dans son analyse de la crise européenne, est certes logique. Mais hier, lors du Forum financier asiatique de Hong Kong, le célèbre économiste a eu des mots d'un rare pessimisme au sujet du Vieux Continent. Pour lui, les responsables européens, sous la pression d'un consensus financier douteux, sont en train de mener leurs pays au chaos, et la monnaie unique à une disparition presque inévitable.
L'Europe, a jugé l'économiste, est en train de « rendre la faveur aux Etats-Unis », en exportant à son tour une crise de plus en plus inextricable et globale. En cause : des politiques d'austérité « clairement insoutenables ». Au lieu de finaliser, dès 2010, l'édifice politique qui aurait rendu la zone euro cohérente et tenable, les pays d'Europe ont imposé à la Grèce un serrage de ceinture qui n'a fait qu'augmenter le poids de sa dette publique -car l'effondrement de la conjoncture a fait fondre les recettes fiscales. « Bien que l'austérité soit néfaste, la réponse politique est d'en exiger toujours plus », a critiqué le professeur de l'université américaine Columbia. Avant de comparer cet acharnement à « la pratique de la saignée dans la médecine médiévale ». Au final, la crise voit vaciller des pays comme l'Espagne et l'Irlande « qui avaient pourtant des budgets excédentaires avant la crise ».
Que faire ? Relever les taxes pour, au contraire, pouvoir dépenser plus, et jouer ainsi sur l'effet de multiplicateur budgétaire, « base de la théorie économique », censé démultiplier sur le PIB l'augmentation de la dépense publique « avec un facteur allant de un à trois ».
La véritable urgence est de repenser l'architecture financière mondiale, assure Stiglitz. Avec deux mots clés : régulation et transparence. Régulation car la seule période longue de stabilité financière qu'ait connue le monde est celle qui a suivi la crise de 1929, qui se caractérisait par la présence de garde-fous solides. Depuis les dérégulations des années 1980, « la fréquence des crises financières ne cesse de s'accélérer ». Et le coût collectif de ces crises, ajoute Stiglitz, est « très nettement supérieur à ce qu'aurait coûté la mise en place de régulations adéquates ». Quant à la transparence, elle est plus que jamais nécessaire pour ramener de la sérénité sur la planète financière. Il suffit pour s'en convaincre de se pencher aujourd'hui sur le marché des CDS (Credit default swaps, qui permettent d'assurer un acquéreur de titres financiers) rattachés aux dettes souveraines européennes. Aujourd'hui, nul n'est en mesure de savoir comment ces produits sont répartis dans le monde, prévient-il. D'où le caractère potentiellement explosif d'un défaut de paiement d'un pays européen qui « pourrait geler le marché mondial du crédit d'une manière comparable à ce que nous avons connu en 2008 ».
Au final, celui qui, à la fin des années 1990, avait vu juste en critiquant les politiques exigées par le FMI pour venir en aide aux pays asiatiques, estime que la question qui s'impose peu à peu est « comment l'euro va finir ?». Jusqu'où les peuples d'Europe accepteront-ils cette potion amère ? s'interroge-t-il en précisant que le chômage des jeunes dépasse 40% en Espagne depuis 2008. Et de rappeler le destin de l'étalon or après la crise de 1929 : « ce sont les premiers pays à l'avoir quitté qui s'en sont sorti le mieux »

 A lire également sur Le Cercle Les Echos  : Joseph E. Stiglitz « 2012, année de tous les périls ? »

[ source : GABRIEL GRÉSILLON, À HONG KONG pour les Echos]

La guerre électronique ne fait que commencer

La stratégie de pointe des guerres numériques a pour objet d’améliorer les perceptions et l’analyse d’évènements en formation. Elle va donner une impulsion particulière au développement d’objets ou d’applications capables de surveillances furtives. Dans les années à venir, il faut en effet s’attendre à la dissémination dans des lieux sensibles d’objets d’apparence insignifiante et dotés d’un minimum d’intelligence afin de recueillir des informations. Ce seront des informations de position, d’évaluation de forces, de recueils de renseignements divers. Des objets passifs, difficiles à déceler, capables de télécharger leur moisson vers des objets tout aussi discrets capables de les activer et de relayer leurs renseignements sur plusieurs milliers de kilomètres.

Rappelons qu’un objet "dit intelligent" doit être capable de s’identifier et disposer d’une source d’énergie lui permettant une autonomie importante. Ses capteurs plus ou moins sophistiqués peuvent analyser une température, une lumière plus ou moins intense, des odeurs ou des vibrations (pollution ou signalement de véhicules de passage par exemple), mais aussi d’intercepter des sons particuliers et d’enregistrer une communication. Afin de faciliter leur furtivité, leur émission doit envoyer des flux de données soit en flash, soit en flux limité, vers des relais moins exposés.

Avec le développement de « l’internet des objets », l’exploitation d’objets furtifs, dotés d’intelligence et de capacité de communication locale n’est pas en soi une nouveauté. Par contre, la conception et la diffusion d’objets virtuels, numériques ayant ces mêmes capacités illustreront une percée significative dans l’art de la guerre numérique et de l’espionnage industriel.

Au-delà des applications des objets dits intelligents à des fins de surveillance, nous allons assister au développement des simuls c’est-à-dire des représentations humaines circulant dans les réseaux sociaux. Ces simuls, incarnation de services d’accueil ou même de prestations simples seront le fait d’avatars. Vos appels vidéo seront pris en charge par des simulations de vous-même, d’une secrétaire, d’un praticien quelconque empêché de vous prendre en direct… ou ne le souhaitant pas.

Doté de capacités plus ou moins élaborées, cet avatar de majordome sera ou deviendra un objet sémantique. Un avatar sémantique n’est plus simplement un objet passif qui réagit à des stimuli particuliers. Il devient capable de faire des relations entre des objets, des mots ou encore des personnes et différents évènements. C’est ainsi que la sémantique permet de donner du sens à un ensemble de données en apparence disparates.

Notre avatar sémantique est un objet expert en data mining, en exploration de bases de connaissances. Les utilisateurs avancés communiqueront vocalement avec des avatars d’eux-mêmes vivant dans les ordinateurs afin d’obtenir des réponses pour des recherches avancées. Un jour, ces avatars de vous-même, d’un ami ou d’un visiteur, communiqueront entre eux. Vous avez bien lu. Au milieu du siècle, ce ne seront plus seulement les objets matériels qui échangeront entre eux mais aussi leurs avatars sémantiques incarnant des personnages réels. Ils communiqueront entre eux des informations au travers des réseaux intelligents. Mise à jour automatique, mise à niveau d’un suivi spécifique d’une entreprise, d’une innovation, ou traçage de l’avatar d’un individu donné, seront des applications vite courantes.

Mais ce qui sera vraiment nouveau à cette époque pas si lointaine ce seront les capacités d’une équipe d’informaticiens à circonvenir ces avatars sémantiques pour les « retourner » à leur profit. L’avatar sera modifié à l’insu de son propriétaire pour délivrer des renseignements sur ses activités. Il pourra l’être au point de participer à une opération de désinformation. Des avatars seront créés pour devenir de véritables leurres afin d’extorquer des informations à des individus ou à des services mal avertis et protégés. Les informaticiens de la prochaine génération devront s’habituer à prévoir, non seulement des pare-feux à ces fantômes virtuels mais aussi des contre-mesures afin de manipuler à leur tour l’avatar espion.

La guerre électronique ne fait que commencer. Et ceux de nos responsables qui en sont encore à s’inquiéter des virus pouvant infester leurs ordinateurs me semblent aussi obsolètes que l’étaient les généraux des années 30 qui imaginaient la ligne Maginot comme la meilleure solution face à des tentatives de pénétration des méchants envahisseurs.

[source :  16/01/2012 | 17:52 | Denis Ettighoffer - Les Echos]

Comment gérer un secret en entreprise ?

Dans le monde du travail, le silence est d'or. Sur fond de compétition mondiale, l'entreprise reste bourrée de secrets, y compris vis-à-vis de ses équipes. Recettes de fabrication, plans stratégiques, campagne commerciale, données personnelles des salariés... les informations confidentielles sont partout. Et de la « période grise » avant l'annonce de résultats de sociétés cotées à l'élaboration d'un plan social, certains secrets sont encadrés par la loi. Sous peine de sanctions pénales, pouvant aller jusqu'à un an de prison et 150.000 euros d'amende en cas de délit d'initié (pour la personne qui transmet les informations). Les auteurs d'un délit d'entrave risquent, eux, une amende de 3.750 euros et un an d'emprisonnement.
Mais, à l'ère de la mondialisation et d'Internet, l'entreprise a de plus en plus de mal à garder un secret. D'autant qu'un arsenal législatif impose une transparence grandissante sur des sujets naguère tabous -comme l'illustre le récent décret sur sa responsabilité sociétale. Et un employeur doit faire face à la curiosité de publics toujours plus nombreux : concurrents étrangers, actionnaires, investisseurs, salariés, ONG, consommateurs...

Réunions sécurisées

« Aujourd'hui, la valorisation du secret décrète la vie ou la mort d'une entreprise, estime Alain Juillet, l'ancien délégué interministériel à l'Intelligence économique, président du Club des directeurs de sécurité des entreprises (CDSE). Auparavant, la concurrence était soumise à des règles éthiques. Les gens n'hésitent plus à les enfreindre. »
Selon une étude de KPMG, une fuite d'information sur deux viendrait, volontairement ou non, des collaborateurs. Or, dans les entreprises « étendues », la notion d'interne et d'externe devient floue. Disséminés à travers le monde, les salariés, nomades, communiquent à coups de mails, de SMS, de réseaux sociaux et de portables. Et dans l'entreprise se mêlent des prestataires, partenaires, stagiaires et intérimaires. Dès lors, que dire à ses équipes ? Que leur cacher ? Et comment ?
Bien sûr, des contrats stipulent aux employés de ne pas communiquer sur des projets en cours. Mais le champ des données confidentielles est vaste, et les entreprises, elles-mêmes, n'ont pas toujours conscience des dérives. Par exemple, « transmettre un fichier contenant des informations salariales d'une filiale française vers le siège d'un groupe étranger est illégal si les salariés n'ont pas accepté ce transfert et que la CNIL n'en est pas informée », souligne maître Anne-Elisabeth Combes, avocate en droit social chez Ernst & Young. En outre, «  une information anodine peut devenir stratégique à un moment clef. Qu'une assistante évoque un rendez-vous sur l'agenda de son patron importe peu. Mais savoir qu'un PDG est à l'étranger est crucial en cas de menace d'OPA hostile », note Régis Poincelet, vice-président du CDSE. Et puis, des chercheurs aux financiers, les risques varient selon les publics.
Dans une tour de la Défense, GDF Suez s'est doté d'un espace confiné, destiné aux réunions confidentielles. Lorsque la lourde porte blanche se referme, que ses verrous électroniques claquent, quelques privilégiés se trouvent dans une cage de Faraday, insonorisée, étanche aux champs électriques et aux ondes.
«  Certaines entreprises cloisonnent des projets pour limiter la vision globale de chacun, raconte Guillaume Aper, président de l'Association française de communication interne (Afci).  Mais le culte du secret reste subjectif, selon la culture de l'entreprise, son secteur... » A charge donc, pour chaque employeur de déterminer ce qui est confidentiel, afin de limiter l'accès aux informations selon les besoins de chacun. Une tâche herculéenne !
D'autant que, souvent, les secrets se divulguent par maladresse. En février, une assistante mettant à jour un fichier chez Sogeti a envoyé par mégarde à 298 collaborateurs un document d'évaluation nominatif réservé à la DRH. Avec commentaires, salaires et augmentations ! De même, un salarié soucieux d'étoffer son CV sur un réseau social peut dévoiler un projet stratégique.

Formations spécifiques

Si les technologies se sophistiquent - des logiciels de « data leak prevention » empêchent, entre autres, de copier le contenu de documents, y compris en interne -, « le maillon faible reste l'humain », résume Guillaume Tissier, de la Compagnie européenne d'intelligence stratégique (CEIS). Aussi, pour préserver le secret, rien de tel que la parole... et la formation.
Le spécialiste de la santé Sanofi, qui pratique la recherche collaborative, a choisi de frapper fort : il a lancé une campagne pour rappeler à ses 110.000 salariés la valeur des informations, en utilisant la métaphore de fuites d'eau. Le 16 juin, le siège a été décoré d'énormes autocollants de flaques d'eau, dans l'ascenseur, devant la machine à café ou dans les couloirs. Avec un slogan : «  une petite fuite peut causer de grands dégâts ». La page d'accueil de l'intranet se noyait sous les eaux au premier clic. Et deux vidéos montraient des salariés recevant des trombes d'eau à l'évocation d'informations confidentielles. La semaine suivante, quatre clefs à molette ont été distribuées aux salariés, avec des conseils à suivre : politique du « clean desk » (ne rien laisser sur le bureau), recours au cryptage, port du badge visible... L'opération « coup d'éclat » a été complétée par une formation en e-learning, sous la forme de serious game.
Les entreprises ne sont pas les seules à se tourner vers la formation. Fin décembre, en partenariat avec le Medef, les ministères de l'Education et de la Recherche ont lancé une formation pour étendre l'enseignement de l'intelligence économique aux étudiants de licence et de mastère.

[source :  17/01 | 07:00 | Laurance N'kaoua - Les Echos]